Quand Joëlle tourne, plus rien ne bouge

À la découverte des rubans de céramique de l’atelier de Joëlle Svanet



L'été dernier, le Musée de la faïence de Moustiers-Sainte-Marie présentait quelques pièces de l’artiste. Sur les murs se reflétait la silhouette chaloupée d'un animal, ami des poètes et des écrivains. D'où venait-il ? Pour en savoir plus, une rencontre s'imposait. Confinements, absence de formations, nous finissons par nous rencontrer un matin de janvier.

L'atelier de Joëlle Swanet se situe dans la campagne, à proximité de Villecroze, au milieu des vignobles et des oliveraies. Adossé au chemin, dans le prolongement d'une villa, un grand espace ouvert laisse apparaître quelques pièces de l’artiste. Un chien noir, gardien d’une élégance rare, nous rejoint et nous précède jusqu'à la porte d'entrée. Là, debout sur ses pattes arrière, silencieux et le regard empli de condescendance aimable, il nous invite à patienter. La porte s'ouvre, la maîtresse des lieux nous accueille avec la distance et le masque de rigueur. Le regard est vrai et souriant. Il parle autant que ses mains, des mains d'artiste avec lesquelles elle nous indique l'atelier en extérieur, celui par lequel commence la visite.

Sur une table centrale, Joëlle a couché quelques folles arabesques, ses poèmes d’argile. Elle les redresse, nous explique les étapes du travail, depuis le tournage, la première cuisson, la préparation des bains d'émail, l'émaillage, une seconde cuisson et le ponçage. Une à une, les ombres s’animent.

Bientôt, mon regard est attiré par un cercle de céramique. Il est adossé à une branche de l'olivier situé sur la pelouse, devant l'atelier. Il s'agit d'un bijou d'arbre. Incroyable, cette céramique vit au grand air, avec celui qui la porte.

Nous rentrons maintenant dans ce qui m’apparaît comme la caverne d'Ali Baba. Ici, tout a été pensé, rangé, classé pour des ateliers, des formations. Mais la période ne se prête plus à ce genre d’exercice. Quelques tours posés devant de grands miroirs, un autre, à pied, magnifique, et deux fours s’imposent comme les ustensiles de base de l’artiste. Sur des étagères sont posés quelques sacs remplis d'argiles et d’autres matières premières.

Joëlle nous livre le rôle de son compagnon, chimiste, son influence sur son travail en terme de sécurité et mes yeux se posent sur deux petits meubles de tiroirs. C'est sa palette, des pièces émaillées au dos desquelles figurent les éléments de la composition. D'autres éléments contiennent des bols, des pots en attente d'une prochaine cuisson. C’est le travail de participants aux dernières formations. Autant de pièces, autant de personnalités. Tout en poursuivant la visite, Joëlle nous confie sa reconversion, à la suite d'une rencontre avec le travail d'un céramiste, les premiers cours, trois fois par semaine puis, la formation sur le tour, la reprise d'un cursus complet de formation. Elle nous fait part de cette particularité des métiers artisanaux pour lesquels tout se transmet de génération en génération, avec la tradition du secret. Je crois que cela est vrai pour tous les métiers. Cependant, dans ma mémoire, je revois quelques chefs-d’œuvre inégalés de la famille Della Robbia, artistes italiens spécialisés dans la terre cuite émaillée. Nous n'avons pas fini d'être impressionnés. La personne qui m'accompagne est curieuse du travail sur la matière. Qu'à cela ne tienne, Joëlle passe un tablier et commence à malaxer un tas d'argile. Je l'imagine occupée à tournasser un ruban, bientôt poème d'argile, une ode à la vie... Puis, elle nous montre ses premières créations. Au début, elle tourne des pots, se passionne pour les formes du design suédois. Mais bientôt, elle entreprend un voyage intérieur, cherche à traduire des émotions. Peu à peu, elle passe à des formes organiques. Joëlle évoque le tournage et son aspect méditatif, ses impressions à la découverte du fonctionnement de la société coréenne. Est-ce là l'origine des cercles que l'on ouvre sur le tour, des bords qui s'effacent, de la légèreté qui se dégage de ses pièces ? C'est certainement plus complexe. Une question de travail, de technique, de centrage peut- être ? Une façon de considérer les choses sous des angles différents, une grande soif de découverte, la passion de transmettre. Une chose est sûre, quelque chose se passe entre la terre et le ciel.

Mais voici Chacha. Il s'en revient de promenade.

C'est l'esprit familier du lieu ;

Il juge, il préside, il inspire

Toutes choses dans son empire ;

Peut-être est-il fée, est-il dieu ?


Le sonnet est extrait du chat de Charles Baudelaire.

Le site de Joëlle Swanet : https://www.lamagiedutour.com



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